Une semaine sans pc pendant le voyage. C'est comme si j'avais laissé mon cerveau mais pas mon inspiration. Donc, retour à la bonne vieille méthode: papier/crayon.
Nice ressemble à palavas: touristes, touristes, et... oh! touristes! Il n'y a que des petites boutiques qui débordent sur le trottoir et où on te vend des bibelots niais que tu briseras en mille morceaux dans ta valise. J'avais l'impression d'être à tong-land! (c'était presque flippant. Les gens portaient des strings de pieds décolorés. Le genre qui a fait la guerre pendant des années). Les criques, les caravanes, le Negresco... J'ai préféré Cagnes. La maison de ma tante m'a rappelé celle des grands-parents, coincée entre les herbes folles et la cabane des voisins.
Comme vous avez pu le voir, je ne sais pas parler sans critiquer donc j'ai mis en prose poétique le récit de mon voyage. Moins acide, plus nostalgique...
Montpellier-Nice (26 août 2007)
Les yeux verts, petite soeur. Des traits félins. Un regard bleu paille. Lèvres raisin en éventail papier. Frange blonde sur le côté. J'avais une Monroe devant moi. Marilyn lisant Ulysse. Déracinée volontaire.
Montpellier-Nice. Arrêt à Marseille où les femmes brunes portent des parfum de fruits.
Saint Raphaël: des oiseaux s'engouffrent dans la gare. Quai désert comme mon inspiration.
Je n'arrive pas à écrire avec tous ces gens autour de moi. Je capte leur pensées et leurs émotions. Parasites. J'entends la vague qui les anime. Parfois rêveuse, parfois dévastatrice.
Cagnes sur Mer (27 août 2007)
À l'ombre de deux bougainvilliers, les chaises en plastique craquent sous la chaleur. Un merle sur le toit. Merle entre mes doigts: « Les vahinés avaient presque toutes adopté le baiser à la peritani: sur les lèvres. Mais elle ne lui attachait pas de signification amoureuse. Il leur arrivait même de le pratiquer entre elles: par jeu, parce qu'elles le trouvaient amusant. »
Des tâches de soleil glissant sur les peaux dorées. Il fait plus chaud qu'à Montpellier. Une petite fille en rose qui marche maladroitement. Gris perle, papillon sans ailes... sans elle?
Le chat aux reflets d'ébène, enroulé dans sa dignité féline, à l'ombre des cadavre végétaux, dort. Le tuyau d'arrosage rampe sur la terrasse inclinée. Ses anneaux de plastique frottent les dalles de gravier. Sifflement. L'eau coule sur mes pieds. Les Italiens se disputent dans la maison d'à côté. Leur accent sucré, au couleur du soleil, étendard en bottine vernie, frappe contre les volets bleus. Les percussions du Sud enchantaient les vieilles pierres qui répéteraient, des années plus tard, les secrets de cette langue.
Ma tête tourne. Certainement la chaleur...
« Tchao, tchao bella!!! ».
Et l'Italie s'en va.
Citronnier, laurier, romarin... les fruits incandescents prenaient le goût du bois. Le feu émerveillait les ténèbres. Somnolent dans sa douceur féline, le chat languissait parmi les pétales roses. Parfois quatre griffes, courbes lascérantes, chatouillaient l'air mutin. Il se laissait faire et le rondouillard soleil se retournait sur son lit d'azur.
Trois reflets pour une âme. Les verres vibraient sous la couleur des roses. Un bol brisé, relique enfantine. L'odeur du pain et du café imprégnait les miroirs dont la transparence devenait moite. Liquide pourpre, en framboise édenté. Les doigts des fantômes caressaient tristement les photographies d'enfants. J'imaginais Suzanne et Olivier soupirant ensemble devant les figures réjouies du papier glacé.
Retour Montpellier-Nice (29 août 2007)
À Marseille. Aiguilles fluorescentes qui glissent sur les visages gris. Fenêtre dans ses yeux. L'homme à la casquette rouge gobe les pièces de monnaie dont le bruit aigu a tinté le goudron. Goût métallisé sur les dalles affamées. Quai que quelqu'un quitte quasiment à contre-coeur. Les voyageurs fument. Une pomme roule sur les rails.
Lyon nous attendra.
Lumière de la ville... signaux d'alarme ou rassurantes lueurs? Phare des marins ou lampe à papillon?
Pelotonné dans son manteau de verre, un nounours râpé murmure à l'oreille d'un enfant.
Faim d'une fin.